Le prof est un être de rituel. Il suffit de le voir entrer en salle des enseignants l'oeil vitreux, commencer par insulter la machine à café (qui ne fonctionne jamais, la garce) puis s'engouffrer dans la salle des copies où il injure copieusement la photocopieuse (qui ne fonctionne jamais la diablesse) pour finir désespéré, envisageant la mort par absorption massive d'After Eights, une certaine idée de l'agonie, avant d'invectiver les deux ordinateurs de la salle de travail, dont l'un refuse de démarrer et l'autre a décidé qu'il n'y aurait pas d'Internet aujourd'hui.

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Il lui faudra ensuite récupérer les 3èmes, les laisser poireauter 10 minutes debout pour qu'ils finissent de se raconter le match PSG- Association de la Pétanque dinanaise, avant que le silence se fasse et que ses grands dadais puissent enfin se mettre au boulot. Heureusement le rituel de la récréation viendra agréablement entrecouper le flot ininterrompu d'entorses et massacres en tout genre de la langue française, que même la convention de Genève elle y pourrait que dalle, marquant par là même un autre rituel, celui lié à la surdité  qui touche momentanément l'ensemble de la salle des profs quand retentit la 2ème sonnerie marquant la fin de la pause: alors même que Chef Suprême nous répète depuis 3 ans qu'on doit être avec les nains en train de communier autour de l'article défini contracté à ce moment-là... Comme quoi rien ne sert de se plaindre des gnomes, au fond, on a les élèves qu'on mérite (ou presque).

Il ne faut donc pas s'étonner que le prof soit un être qui a une forte tendance à la psycho-rigidité mais sans combinaison en latex, sinon on aurait des problèmes avec le Rectorat. Hélas, votre servitrice a les défauts de sa profession et cela se traduit par une floppée de tics, certains passagers d'autres constants, aussi gestuels que verbaux. Selon des sources bien informées (ouais, bon, Z'hom) paraît que je suis la spécialiste d'un "ouuuuuii" traînant, voire avec une pointe de gracieux accent lorrain alors que d'habitude dans les soirées de l'ambassadeur je fais illusion. De même je me sens obligée de vérifier systématiquement si j'ai mes clefs et mon portefeuille à chaque fois que je sors d'une pièce, et cela même si je n'ai pas ouvert mon sac, des fois qu'un lutin du foyer aurait décidé de commencer une carrière de pick-pocket. Evidemment j'ai contaminé Zh'om avec mes sales habitudes et c'est comme ça que nous en sommes arrivés à donner un nom de baptême à toutes les plantes ou les objets ayant une importance particulière dans le Home sweet Home.

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Nous avons ainsi Django (le cactus), Totor (l'ordinateur), Brad (l'oranger) et depuis 6 semaines, Youki Zaraï.

C'est l'homme qui a trouvé le surnom, non pas en référence à la Chanson de Gotainer, le Youki (si vous ne connaissez pas ce monument de poésie française, allez l'écouter là), ni à la dame qui préconisait chez Drucker, dans les années 80, de faire des bains de siège pour rester jeune, soigner les panaris et avoir le cuissot lifté. En fait Z'hom a fait un curieux amalgame en entendant le nom de la nouvelle arrivante, ma Juki HZL-G210. Elle est là:

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Changer ma gentille Toyota bien vaillante et jamais en panne pour une machine de guerre me trottait dans la tête depuis un certain temps. Non pas que Titine m'ait déçu, mais étant donné mes projets en matière couturistique, son gentil petit moteur ne me suffisait plus. Je me suis donc d'abord rencardée sur les marques: pas Singer, trop mauvaise réputation, pas Pfaff ni Husqvarna (ma cop's modéliste m'avait dit que cela faisait maintenant partie du groupe Singer et donc moins fiables qu'avant), je ne souhaitais pas investir dans Brother non plus (trop proche de ce que j'avais), ni Bernina (trop coûteux). Au départ j'ai donc louché sur la Janome DC4100 du site Sewing Machine Direct. Le cahier des charges était simple, moteur plus puissant, entraînement plus costaud, plusieurs types de boutonnières et bien lourde (oui parce que contrairement aux blogueuses, plus elles sont lourdasses, mieux c'est). C'est là que j'ai eu écho de la marque japonaise Juki. Il paraît que c'est une entreprise liée à Bernina et que 60% des fringues du commerce sont cousues avec cette marque. J'ai lu plusieurs articles disant que les modèles domestiques avaient bonne réputation.

Je me suis donc mise à fureter sur le net tel un truffier dans une forêt auvergnate et j'ai fait mon choix. J'ai ensuite comparé les prix et les services, car oui, acheter une machine qu'on va sans doute garder plus d'une dizaine d'années, c'est un taf, il me fallait le modèle choisi avec un prix correct et un service après-vente fiable. C'est là que je suis tombée sur ce site; non seulement ce sont eux qui proposaient le prix le plus bas, ce qui réjouissait mon coeur de pince, mais en plus le SAV était assuré par un artisan réparateur de machine dont l'échoppe se trouve à 4 km de chez moi. Cerise sur le mojito, on m'envoie en cadeau un coffret de 15 pieds adaptables, une table d'extension et des bobines de fil en veux-tu-en-voilà. Et là mon coeur de pince exulte, entend du Trénet, bref, la totale. Voyez plutôt:

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Au bout de quelques semaines de pratique avec mon arme de précision japonaise, je peux faire un premier bilan sur les points positifs et négatifs de la machine:

-Les +_ Elle est rapide, précise, peu bruyante, l'entraînement est efficace, la fonction arrêt avec aiguille dans le tissu et le coupe-fil automatique ont changé ma vie, les boutonnières sont vraiment très belles.

-Les moins_ La canette se met par le dessus, en soulevant une trappe en plastique qui me semble un peu fragile, à voir à l'usage. Sans l'offre cadeau de 15 pieds, la machine n'est livrée qu'avec 3 pieds, le standard, celui pour les motifs brodés et celui pour les boutonnières. C'est peu, surtout quand on voit le prix d'un pied à l'unité.

Ces détails mis à part, je suis ravie de mon pesant achat (un beau bébé de 9.5 kilos) et elle coud tout sans broncher; J'ai déjà pu tester sur du jean, du jersey de viscose, de la maille Milano et c'est tellement facile que c'est presque pas drôle. J'ai eu un peu, au départ, la sensation que je n'étais pour rien dans la réussite de mes projets, que la machine faisait tout et que c'était moins prise de tête mais moins marrant qu'avec l'ancienne, je pouvais pas l'insulter comme la photocopieuse. Masochisme quand tu nous tiens... Et surtout j'ai pu coudre un tissu qui m'aurait filé des sueurs froides il y a encore 2 mois, la fausse peau lainée.

Cela faisait plusieurs années que je louchais sur ce modèle, le 106 du Burda d'octobre 2010, une petite veste toute simple, en vraie peau retournée d'agneau. Ayant mis tous mes deniers dans l'industrie japonaise et surtout ayant peur de massacrer un cuir valant un bras (en plus de venir d'un petit animal mignon et innocent), j'ai commandé 1.8m de fausse peau lainée chez Self tissus. D'ailleurs le service semble rapide et sans fioritures chez eux, j'aurais tendance à recommander.

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Là je vais me fendre de quelques conseils pour coudre ce tissu créé par Satan pour soumettre la malheureuse couturière aux pires tourments et afin, mes biens chères soeurs, d'exorciser vos appréhensions quant à ce délicat textile:

                                                                                   

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-Sur le patron les marges directement tu ajouteras (essayez de tracer des contours à la craie sur ce type de tissu et vous comprendrez ce que c'est que le Purgatoire) _ Photo milieu du haut

-Pour marquer les pinces la bouclette de bâti tu utiliseras_ Photo milieu bas

-Pour couper le ciseau uniquement tu utiliseras, autrement dit la coupe au cutter rotatif on oublie, ça marche mal, ça énerve et après on a envie de balancer le chat par la fenêtre juste parce qu'il passait par là_ 3ème photo en haut

- Un pied double entraînement, téflon ou à rouleau tu utiliseras (rappelez-moi qu'il faut que j'écrive un article sur l'utilisation des pieds de couture), sinon sur l'intégralité du marbré dans ta cuisine tu te vengeras

- Pour repasser une pattemouille tu utiliseras, sinon bonjour la bonne odeur de mouton synthétique crâmé_ 3ème photo du bas

-Si des pupuches coincées dans les coutures tu as, avec un ciseau à broder délicatement tu couperas_ Grande photo à gauche

Mis à part ces précautions ça a roulé presque tout seul et je porte beaucoup ma veste qui est chaude, douce et confortable, vous pouvez maintenant vous extasier, allez-y, j'attends:

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Je vais être honnête, le montage des manches, avec un tissu aussi épais n'est pas une sinécure, mais l'absence de montage de doublure fait vite oublier ce petit désagrément. Sur la photo de dos on dirait qu'il y a des plis sur les manches, en fait c'est simplement l'ombre et mes bras croisés qui donnent cette impression, en fait, en vrai, c'est quasi nickel.

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Voici également quelques détails avec, dans l'ordre, l'intérieur et les pinces qu'il ne faut pas oublier de fendre, les poignets ( coudre endroit contre endroit jusqu'à l'endroit où les manches doivent être retournées et à partir de ce point coudre envers contre envers), puis le col, sur lequel j'ai fait un petit ourlet parce que le rendu était plus joli.

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Pour vous montrer la différence entre mon travail avec Youki Zaraï et mon ancienne Titine, voici une blouse faite l'an dernier, à partir d'un patron Lutterloh de 1972:

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Petite

                                                                                 

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Le devant est choucard, les manches bien montées, bien qu'un poil courtes, et j'ai même rajouté un petit galon en dentelle de coton pour accentuer le côté greluche romantique. Bref ça sent la Win' sortez-les lauriers les gars j' vais me tresser une couronne. Les détails semblent confirmer tout ça:

                                                                                     

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Les fronces des poignets sont bien réparties, les raccords sont jolis dans le dos et les motifs brodés du tissu bien placés. Pourtant je porte peu ma blouse, c'est un quasi échec; voyez plutôt le dos:

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Ben ouais, ça tire grave autour du cou, la faute, sans doute, à ma pente d'épaule pas pentue du tout. Du coup je porte ma jolie blouse sans plaisir et toujours sous un petit gilet.

Enfin, je vous présente mon tricot préféré de tous les temps après mon pull de fée, celui qui a fait que je sacrifie tous les jours un sachet de Lipton sur l'autel de Cirillia Rose, mon gilet Aidez, tricoté il y a deux ans dans de la Cascade Eco. J'ai eu besoin de 2 écheveaux en tout et j'ai tricoté la taille S pour obtenir le bon échantillon. Le résultat est impec', long comme il faut, si seyant et chaud que c'en est un rêve.

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Ce n'est clairement pas un tricot de télé, un minimum de concentration est requis, mais c'est un modèle qui n'est pas difficile et qui monte assez vite. Il m'a fallu 5 semaines, un peu tous les soirs, pour en venir à bout. Z'hom déteste... le style (je rappelle qu'il ne jure que par le style pouffinette), la couleur et à son grand désespoir je le porte constamment en hiver. D'ailleurs, je peux maintenant faire un point sur la qualité de la laine et sa tenue. Après 2 ans et des brouettes, 1 lavage machine par mois (j'ai un programme Woolmark et je peux même laver sans danger le pur mohair), la laine est nickel. Bien sûr ça bouloche un peu aux points de friction, mais un coup de rasoir à pull suffit pour retrouver un gilet quasi neuf. Bref je suis ravie et regardez s'il est pas beau mon point (là, aimable lecteur tu peux voir le détail des manches avec son point "fer à cheval"et le dos avec ces divins losanges grainés).

                                                                                             

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Valà, valà, la prochaine fois, si vous êtes sages, je vous offrirai un p'tit coup de prune.