Oui, je sais, en voilà un programme entre deux bouchées de chapon et une autre de bûche fraise-fruit de la passion-blanquette de veau. Mais je viens de vivre une expérience inédite, rien que ça, alors on lâche son toast au saumon et on écoute, nanméo.

                        

Un doux matin de septembre me prit l'envie d'aller voir R., le secrétaire du kholkoze collège où je sévis. Oui, je sais, un homme secrétaire et en plus avec le physique d'un catcheur russe, ça défriserait Mam Boutin, mais que voulez-vous ma bonne dame, les valeurs se perdent. Donc, j'allais avec mon allégresse coutumière (j'avais pas encore eu les 3èmes) me fourrer tout droit dans un traquenard que même Ian Flemming aurait pas pu en inventer de pareil. Il se trouve que tout à fait par hasard, inopinément, de façon fortuite, la Chef Suprême était chez R. Oui, je sais, chez nous le patron est une patronne, Frigide Barjeot, tu m'en vois désolée, mais que veux-tu, on ne fait pas toujours ce qu'on veut. Bref, après une profonde révérence notre Chef Suprême, la Lumière de nos jours, celle par qui la craie arrive dans nos salles, m'a gratifiée d'un regard magnanime et m'a demandé: "Mam Noueuse, vous reprendrez bien un peu de couture? Nan parce qu'avec la Brésilienne télévisée qui fait des concours de cousage de short, y'a de la demande chez les nains" (bon en vrai la chef elle a pas tout à fait dit ça comme ça, mais comme je n'ai qu'une faible mémoire, je vous balance le texte dans les grandes lignes). Coincée entre l'écorcheur de Vladivostok qui a le pouvoir de communiquer avec les instances mystérieuses du Rectorat et notre Guide-Bien aimée- Qui fait les emplois du temps, j'avais pas le choix. J'ai donc pris en charge l'atelier cousette spécial nains à 2 mains gauches, d'autant plus que j'avais eu chaud, j'avais d'abord cru qu'elle avait eu vent de mon entrée en matière de la rentrée avec les 5èmes, celle où je refais la scène inaugurale du Sergent Hartmann dans Full Metal Jacket.

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Il a donc fallu que j'aille voir la gestionnaire pour s'équiper. Car oui, misère, chez nous c'est une femme qui tient les cordons de la bourse, sans mauvais jeu de mots, que Saint Zemmour nous pardonne.

Qui n'a jamais tenté de négocier avec un gestionnaire de l'Education nationale ne connait pas le sens du mot "terreur". C'est pourquoi je fus passablement étonnée quand Mam' Rigueur (avec de gros morceaux d'austérité dans le dedans), m'accorda un budget suffisant pour deux nouvelles machines et un autre pour des fournitures diverses et variées. Ne restait plus qu'à appâter le gnome, ce qui, après ma prestation de la rentrée devait être facile, vu que le moindre battement de cil de ma part provoquait une épouvante comparable à une privation de 15 jours de PS3. C'est dire.

J'ai donc collé quelques avenantes affichettes et fait un peu de pub par le biais des profs principaux. Mon charisme naturel étant ce qu'il est, un mélange savant entre celui de François Mitterand et Débilla, j'ai fait le plein en 3 jours. Et c'est là que les ennuis ont commencé, parce que j'ai eu beau dire qu'on boirait le thé déguisés en princesse tout en cousant des tissus imprimés de licornes et de chatons, j'ai quand même eu, sur mon groupe définitif de 15, cinq petits gars, aussi enthousiastes et motivés que si on leur avait dit qu'il y avait Ronaldo à la cantoche. Béatrice Bourges, priez pour nous!

                                                                                          

Je vous passe la 1ère séance où mon assemblée de trolls m'a regardé l'oeil vague, la bouche bavante, tentant en vain de comprendre ce que le fossile en face d'eux entendait par "marges de couture" alors qu'il y avait de rutilantes machines qui les attendaient. Ce n'est qu'à la 2ème séance qu'ils ont pu dompter la bèèèèète et coudre leurs petits porte-monnaie (à ce propos, merci à la Poule pour son tuto) et encore z'ont pas tous fini. Mais l'honneur a été sauf, vu qu'à la fin les cinq petits mecs ont couru vers le babyfoot du foyer pendant que les femelles jouaient leur rôle de femelle, c'est à dire qu'elle rangeait le bordel de tout le monde. En vrai j'ai tancé vertement les petits coqs et je leur ai rappelé que leurs chutes de tissus iraient pas toutes seules à la poubelle sur leurs petites pattes.

Du coup, comme y'avait pas de manifs pour tous où j'aurais pu exhiber mon serre-tête en velours flambant neuf, j'ai décidé de rester dans les valeurs sûres féminines: le rôze.

Bon je triche un peu y'a du pas tout neuf, mais que voulez-vous, je peux pas tout vous montrer d'un coup car trop de bonheur tue.

J'ai d'abord fait cette robe so pin-up à partir d'un patron Papavero.

                                                                                                

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Pour ceux qui ne connaissoient pas, c'est un site polonais avec pleins de patrons formidables dans des tailles qu'on trouve pas ailleurs (du 32 mini Jessica Rabbit au 56 belles formes de partout). C'est et il suffit de vous inscrire pour avoir accès à tout.

J'avais déjà fait un TS cet été et la taille était parfaite, les patrons s'emboîtent nickel et les marges de coutures sont comprises. En plus, sous chaque modèle, vous avez les versions des internautes, ce qui peut vous éviter de passer à côté d'une perle juste parce que le dessin de la dame qui le porte l'est pas beau. Bref, j'ai choisi ce modèle, une bête robe en jersey mais avec un petit détail sympa sur le devant: 2 pinces qui partent de l'épaule pour joindre les saillants et donner une touche de fantaisie à l'ensemble.

J'ai choisi un petit tissu discret (un reste de maille framboise acheté sur le marché des Bosquets) et de bon goût, pas du tout pétant, comme vous pouvez le constater:                                                         

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La couture n'a pas posé de problème. C'est comme coudre un t-shirt mais en plus facile. J'ai pris une taille 34 pour un résultat très ajusté, mais la robe est très confortable vu que la maille est très extensible.

Le revers de la médaille: le moindre petit four et votre vieille tante couve du regard votre ventre en murmurant "C'est pas trop tôt" (ou alors "Encore!" s'il ne vous manque que 2 marmots pour former une équipe de foot). Bref, il faut prendre en compte les mesures annoncées par le site, parce que si le tissu n'avait pas été stretch il m'aurait fallu un chausse-pied géant pour entrer dans cette petite chose.

Comme je n'avais pas assez de rose, j'ai repris mes vieux Burda des années 70 et j'ai refait une petite robe trapèze déjà commise dans un tissu noir à mes début en couture. J'ai sorti, pour cela, un splendide coupon de jacquard trouvé lui aussi au Bosquets. Petite parenthèse, les vendeurs ne savent pas toujours ce qu'ils vendent, surtout quand il s'agit des coupons en vrac. J'ai trouvé du velours 100% coton italien (l'étiquette de la provenance était encore dessus) de toute beauté à 3 euros les 3 mètres, le tissu que j'ai utilisé pour la robe, lui, vient d'une entreprise française de tissus prêt-à-porter haut-de-gamme (j'ai googlelisé le nom sur l'étiquette). Il n'y en avait certes qu'un mètre sur deux, mais c'était suffisant pour y faire tenir ma robe et j'ai payé le coupon un euro. Alors bon, on fait pas toujours des affaires de fifou, mais on tombe parfois, voire souvent sur des perles.

Ecce roba comme dirait l'autre:                                                                  

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Pour la couture c'était comme coudre un t-shirt, mais en moins facile à cause des raccords. Mais je m'en suis pas trop mal tirée.

Et pour vous faire baver, voilà les détails du jacquard. Gadez si c'est pas beau, gadez les détails de folie. Personnellement j'en défaille, si, si.

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Et comme malgré tout cela les valeurs de notre belle société continuaient à se faire la malle, je me suis noyée définitivement dans un torrent de rose avec ce modèle issu du Phildar n° 63.

J'ai dégainé 8 pelotes de Givre couleur Bruyère et c'est parti comme en 14 (à l'époque on savait vivre).

Comme je ne possédais qu'une mauvaise photocopie du modèle, j'ai du compter sur mon sens logique pour pallier les caractères illisibles du diagramme. Et là c'était pas gagné, vu que la Fée du Bon Sens s'est pas déplacé pour mon baptême (y'avait sans doute Drucker à la télé). Mais je m'en suis sortie très honorablement, j'ai consciencieusement scribouillé au marqueur mon diagramme, fait mes torsades tranquillement et un mois plus tard, hop, sur le dos. La Givre est très plaisante à tricoter mais elle est aussi très, très chaude. Du coup, je ne porte pas mon pull très souvent vu que j'ai l'impression de trimballer un sauna portatif sur mes épaules toute la journée.

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Voilà le détal du panneau devant (non ce n'est pas une tentative désespérée pour créer une mode du selfie de pull). Vous remarquerez une petite erreur pas trop visible sur l'un des côtés, mais bon, après un long travail sur moi-même, je peux vivre avec ça. Enfin je crois...

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Valà, valà, la prochaine fois, si vous êtes sages, je vous montrerai qui est le patron.

PS: On me chuchote à l'oreille que je dois dire un mot de mon Joli Papa sans qui je ne serai rien et qui est une source perpétuelle d'émerveillement (et de Gewurtz)