"Je trouve les caprices de la mode, chez les Français, étonnants", faisait dire ce bon vieux Montesquieu, Charlie pour les intimes, à ses Persans d'opérette il y a presque 300 ans, ce qui ne nous rajeunit pas (enfin surtout vous), soit-dit en passant. Le côté changeant de la chose semblait le défriser carrément, mais s'il était revenu d'entre les refroidis, il serait sans doute moins étonné par le bouleversement des "Tendanches", en perpétuelle évolution à chaque saison, que par le paradoxe du modeux.

                                                                                                 

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Pour ceux qui n'ont pas fait le doctorat "Reine du shopping" à l'Université C. Cordula, ou qui s'obstinent à porter des collants chair alors que "Ma Chéwwiiiieeee, ça va pas dou tout, c'est pas magnifaïque", il convient de faire une piqûre de rappel.

Au commencement était la gonzesse normale. Appelons-la Josiane (comme le prof de Techno moustachu qui me sert mon café au boulot).

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Josiane porte des jeans, des t-shirt et s'achète, dans un accès de fantaisie délirante, une robe de temps à autre pour aller à un mariage, Josiane est un esprit simple, les portes du Paradis Fashion lui sont donc grandes ouvertes, Amen. Sauf que Josiane ne peut rester ainsi dans son innocence et ignorer éternellement l'existence des Stilletos; un jour, elle passe devant une boutique Koo*les. Dès lors son destin est scellé (à relire avec la voix de Pierre Bellemare), quelque chose lui sussure qu'il lui faut absolument s'acheter cet incroyable pantalon boyfriend, trop classe pour se singulariser au Carrouf de Nogent-le-Rotrou.

Et c'est la chute. Une étrange voix roucoulante sortant de son téléviseur lui ouvre la voix de la connaissance "Ma Chéwiiiiieee tou es un H", des commandements en lettres de feu s'inscrivent sous ses yeux ébahis dans le Elle du mois de janvier et lui intiment "Singularisez-vous (courez chez Ma*e et S**dro).

Josiane comprend que son but est de s'accomplir, d'être unique dans ce monde de "putains de conformistes", tel un gothos dans South Park.

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Un désir irrépressible s'empare d'elle et la pousse à aller dépenser l'équivalent d'un rein (plus une portion du gros côlon) chez Héloïse & Rousseau pour s'acheter un pull trop classe (qui boulochera au 1er lavage). Dès lors la métamorphose s'accélère: Josiane se fait un teint glossy mais nude (comprendre terreux et grassouille) et porte pour rehausser sa carnation un merveilleux ràl rouge-orangé-super-pointu-dans-la-tendance qui rehausse surtout ses dents jaunes. Elle apprend les lois du coiffé-décoiffé et porte une espèce de masse de cheveux roulée en boule au sommet de la tête qui lui donne un air faussement désinvolte (comprendre: qui prend quatre plombes et qui lui donne l'air d'une vieille souillon). Mais la descente aux enfers ne s'arrête pas là: pour montrer combien elle est originale et singulière Josiane crée son blog de mode; elle y "mixe" (comme si le verbe mélanger n'existait pas) des pièces vintages, voire rétros, jupes à losanges verts, marron et roses ou veste sans manches en pur poil de Bobtail que Tata Simone portait dans les années 70, avec des pulls en grosses mailles acrylique du Norvégien (pasque dire M&H c'est pour la plèbe).

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Alors que Josiane est persuadée d'être une fille cool et pas du tout une figurante de l'attaque des clones, elle monte à la Capitale et là, stupeur, tremblements et paradoxe, on y est, elle s'aperçoit que 70% des spécimens féminins qu'elle croise portent des bonnets, des lunettes chinées chez un petit fripier (en fait c'était plutôt la brocante de Puttelange-aux-lacs) et des manteaux boyfriend qui leur donnent l'air d'être avalées par leurs propres vêtements. En voulant se distinguer, Josiane est tombée dans le paradoxe de la modeuse.

Y'a-t-il une leçon à tirer de tout cela? Je vous laisse juge, dépatouillez-vous, l'est tard et je suis trop occupée à digérer ma moussaka.

En attendant je vais vous montrer du pas du tout fashion, vu que je lis pas Elle et que je fais qu'est-ce qui me plait.

Donc à l'heure du faussement négligé j'ai cousu cette robe super chicos avec le patron 3503 de chez Simplicity, avec the fronces sur les épaules qui vous filent un charisme glamour super travaillé à la Rita-Hayworth et des découpes en font l'antithèse à peu près exacte du pull mollusque de chez le Norvégien.

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Voyez plutôt (et ignorez le pansement très distingué sur le décolleté, c'est pas pour casser le côté classique de la robe et lui donner un côté fun-destroy-trop rock'n'roll, c'est juste que je me suis fait charcuter un grain de beauté):

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Au début je me suis dit que y'aurait pas de défi: du jersey, pas de fermeture éclair, bref de la couture en charentaises (c'est la couture avec des charentaises, et non pas "mixer" la robe avec des charentaises). Mais la difficulté est d'abord venue du jersey, le tissu, parfait pour un t-shirt, s'est avéré un peu mou pour la robe. Il s'est ajouté un gros souci avec le patron: partie sur la taille 6, je me suis très vite aperçue qu'on pouvait aisément caser l'intégralité de l'équipe de Français de mon collège dans le dedans. J'ai retaillé dans le tas, mais la ceinture était encore trop large. Avant de tenter de mettre fin à mes jours en regardant l'intégralité des Anges de la Télé-réalité, j'ai tout démonté et j'ai fait des pinces au dos de la robette. Du coup ça va beaucoup mieux et avec une ceinture noire pour casser un peu l'uniformité du truc et une paire de talons haut je me sens très holywoodienne (ouais, bon, sans la chevelure flamboyante et le nichon arrogant). J'aime particulièrement le dos qui est très gracieux, voyez ici (et puis concentrez-vous sur la robe, pas sur le mollet blanc qui pique l'oeil):

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D'ailleurs on m'a moult complimentée sur cette robe, mais je ne me tortille pas de bonheur en rougissant et en gloussant de plaisir vu que je garde en toute circonstance un détachement Marlène Dietrichien.

La 2ème pièce que je vais vous montrer est non seulement en opposition contraire avec les préceptes de Sainte Christina (Lé boléro ma Chéwiieeee ma c'est has-beeen!!!), mais en plus il est pas rétro et je m'en tamponne le coquillard au fond d'un seau vu qu'il me restait une pelote et que j'aime pas gâcher. Il s'agit de 29 years, un modèle disponible gratuitement ici, sur Ravelry, et qui a l'avantage d'accommoder intelligemment vos restes laineux. La photo n'est pas très bonne, le rouge flashy du Cotton light de chez Drops est compliqué à prendre en photo, surtout quand les trombes d'eau qui tombent depuis une semaine vous font une lumière crépusculaire, mais la forme est toute simple et le point dentelle facile à faire:

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Je le porte au boulot pour pas avoir les épaules nues quand je mets un haut à bretelles devant mes nains remplis d'hormones.

Valà, c'est tout pour aujourd'hui. J'ai bien conscience de vous avoir montré des trucs pas très palpitants techniquement, mais la prochaine fois, si vous êtes sages, vous aurez droit à un chemin de roses