J'ai toujours détesté la campagne. Réellement. Tout juste, quand j'étais une naine, acceptais-je de me rouler un peu dans l'herbe après une inspection méticuleuse et en règle pour voir si une bête fourbe n'allait pas en profiter pour mordre l'endroit le plus tendre de mon intégrité (j'ai dit tendre et pas mou). D'ailleurs la frangine de mon fossile adoré, qui élève des vaches dans un coin de Lorraine, avait achevé de sceller cette aversion pour le champêtre en m'emmenant voir des petits veaux, pensant sans doute que "la gamine qu'est pâlotte, là, elle les a jamais vues que sous cellophane". Sauf que j'avais 4 ans et que je me suis retrouvée face à des bêtes qui m'ont parue énormes, moi qui frôlait le mètre-dix les bras levés sur un tabouret, et elles avançaient vers moi un mufle dégoulinant me faisant furieusement penser à la chose au nez suintant avec laquelle ma mère était sortie peu de temps avant de l'hôpital, alias ma soeur Nini.

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Vous imaginez donc combien ô rage, ô désespoir, ô gazoil ennemi, quand à l'heure de la première pétrôlette, ma Mounette m'annonça qu'on allait vivre dans une belle maison toute neuve dans un village qu'est trop bate sa mère. Je me voyais déjà en train de pédaler sur une dynamo qui me permettrait d'alimenter un poste tv noir et blanc pour regarder Julien Lepers-qui-est-quand-même-bel-homme pendant que Robert, mon alter ego, boirait un coup de schnaps. Bref du haut de mes 14 balais j'ai grave fait la tronche. Ce n'est qu'après avoir débarqué en région parisienne que je me suis rendue compte que je me fourvoyais lourdement. Après 5 ans de "plus belle ville du monde", de gens qui font la gueule et ne vous disent pas bonjour, d'harmonieux concertos pour klaxons majeurs qui m'ont fait frôler l'infractus (comme disent mes têtes vides) et l'impossibilité totale de dormir la fenêtre ouverte en été sous peine d'être réveillée à 5 heures du matin par le livreur de roteuses du bar d'en bas et les joyeux éboueurs, je me suis surprise à soupirer après le moindre brin d'herbe. 

Du coup le côté petite maison dans la prairie de notre nouveau HSH (home sweet home) a pesé lourd dans la balance. Et quand la proprio nous a dit en plus qu'on avait un hérisson, j'ai manqué défaillir, bien que ça se bouffe pas trop le hérisson. C'était sans compter d'autres surprises. C'était dans la nuit brune, sur le clocher jauni sous la lune, comme dirait l'autre, j'entends un "OUH OUH", alors que j'allais sommer au boulet félin de rentrer sinon ça allait chauffer pour son fondement de chat. Là je me suis très finement dit: "C'est pas Koubi". Bref on a une chouette, ou un hibou, je sais pas trop faire la différence, suis une fille de la ville, qu'a décidé de passer ses RTT dans un de nos arbres. Car c'est connu, auprès de mon arbre je vivais heureux. Alors depuis je me la pête suprêmement auprès de mes collègues qui n'ont pas la chance d'être aussi bien pourvus ornithologiquement parlant: "Comment, t'as pas de hibou??? OUHHH, la honte". Comme quoi, la nature, c'est terriblement hipster.

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Sinon voilà la terrasse derrière laquelle se trouve l'arbre de MON hibou et où je vous montre une nouvelle fournée de trucs faits récemment:

-Tout d'abord une tunique couleur Grand Duc pour les froides nuits d'observation de rapaces. C'est un modèle Phildar du catalogue 043 si j'ai bonne mémoire, tricotée en Phil light aiguilles 9. C'est dire si c'est rapide. Bon c'est d'ailleurs tellement facile que l'ennui rôde comme une effraie en chasse.

                                                       

J'ai gardé la taille d'aiguille préconisée pour avoir un résultat un peu plus large que ma taille. Le résultat est sympa mais un peu trop cocoon décontract beatnick pour la porter au boulot. En plus la laine est très chaude et douillette, mais paraît qu'elle vieillit mal. Du coup j'ai un très agréable nouveau doudou d'hiver.

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- J'ai ensuite repris le patron gagnant du pantalon Burda d'avril 2009 et j'ai taillé dans un coupon de laine beige rosé, acheté chez Emmaüs, cette petite chose:

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Bon là il est brique, mais en fait la couleur est bien plus claire et pour tout dire, bien plus chouette.

Vu sur la face nord comme d'habitude et avec comme d'habitude un commentaire valorisant de Zhom'," Oh il fait presque disparaitre ton popotin rihannesque" (oui parce que chez nous le mètre-étalon-popotin c'est Rihanna). C'est officiel, je vis avec le Prince charmant.

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Enfin, quand j'ai vu la jupe de Saki, là, j'ai sorti mon Tendances couture n°3 et j'ai coupé cette petite jupe très seyante:

                                                                 SNC11984bis                                               

Le tissu vient du marché de Saint Denis, c'est une laine mélangée avec un joli bord brodé. D'ailleurs il m'en reste assez pour faire un short que je porterai pas, l'hiver prochain. Le tout est en 36 qui tombe impec' et d'une facilité extrêmement gratifiante. Dedans j'ai l'impression d'être la Hulotte des hôtes de ces bois_ monomaniaque, moi, jamais. Pour de plus jolies finitions, j'ai brodé l'ourlet d'un biais avant de le replier. Ma jupe est donc aussi belle dehors que dedans.

La prochaine fois, si vous êtes sages, je vous prouverai que le déguisement de Muppet n'est pas forcément toujours un Tue-l'Amour.