Quelques mots pour vous dire que je vais là:

57_moselle

Je vous vois déjà hurlant à la mort en vous roulant par terre de désespoir à l'idée d'être privés pour un temps indéterminé de ces bijoux de bon goût et de finesse que sont mes posts. Rassure-toi cher lecteur, ma vieille maman (au moins 48 printemps au compteur, c'est dire si elle est sur le point de se fossiliser) a troqué récemment la dynamo entraînée par des hamsters pour une ligne ADSL qui carbure à mort. Je vais donc pouvoir continuer à vous raconter des co.., pardon des bêtises grosses comme un mensonge de chef d'Etat parlant du pouvoir d'achat.

Je vais bientôt vous parler de ma passion folle pour tout ce qui se mange, et pour les patates en particulier. Sachez simplement que mon enfance n'a été que misère, larmes et désolation. En effet ma Mounette personnelle à moi, la cuisine, ça l'a jamais trop intéressée, même si, quand elle s'y met elle tabasse son ancêtre.

Je vous livre ici une scène familiale d'une rare violence. Ecartez les enfants et les cardiaques. On vous aura prévenu.

Je vous l'ai déjà dit, mon enfance ne fut qu'une succession de jours plus tristes les uns que les autres. Cosette a vécu différentes formes de tortures de la part de parents dont le sadisme n'avait d'égal que l'imagination déployée pour martyriser leur pauvre progéniture. L'une des pires et que mon indigne mère continuait à m'infliger à chacun de mes passages, était l'épreuve du jambon-crème-pâtes.

Qu'est ce donc? Imaginez des farfalle collantes noyés dans une mer de crème fraîche dont la simple vue retourne votre estomac délicat, accoquinés vicieusement avec des carrés de jambon haché. Evidemment j'ai essayé durant mes longues années de calvaire, tous les moyens afin d'adoucir mon martyr: le vidage de sachet de gruyère râpé sur l'objet du litige, celui de la bouteille de Maggi, le gavage du chien par dessous la table. Mais le chien est mort (sans doute son organisme n'a-t-il plus supporté cette immonde mixture) et, hélas, tout cela n'arrangeait rien.

Je n'osais évidemment rien dire à ma tortionnaire, même si l'idée de lui crier haut et fort mon sentiment de révolte (Maaaaannnnnn!!!!! c'est pas bon, ça pue et on dirait que c'est déjà prédigéré), me chatouillait de plus en plus, mais je buvais le vin amer de la jambonitude crèmée jusqu'à la lie.

Mais voilà que ce soir, je vois mon aimable génitrice me dire, regard biaiseux: "Je fais des pâtes" et sortir, horreur!!! un reste de jambon puis un effroyable cube que je n'osais regarder sans frémir d'effroi, un cube de crème liquide à 0%. Je vous sens outré par tant de violence, mais la suite me demanda un courage rarement atteint par un être humain en ce triste monde malade. Je pris alors le jambon par les cornes et fis mon coming out cochonnesque, faisant comprendre de façon claire et haute mon indignation à l'idée d'absorber ne serait ce que 100 grammes de cette abominable mixture. Le combat fut épique, je commençais par une approche discrète de l'ennemi, tâtant le terrain ("Maaaannn??? Tu vas mettre ça dedans???), mon adversaire me regarda désarçonné par cette 1ère attaque ("Ben oui. Pourquoi?"). Là j'abattais mon premier coup, le combat serait bref, mais sanglant et décisif ("Euh Maaan', je préfèrerais mes pâtes nature, sans rien quoi"). L'ennemi leva des yeux étonnés vers moi et se défendit avec l'énergie du désespoir ("Ah bon? T'es sûre?") et je lui portais alors l'estocade finale, superbe et dominant la lutte acharnée qui se déroulait dans ce théâtre culinaire ("Ben j'aime pas trop ça le jambon crème pâtes"). Mais n'étant pas absolument inhumaine, je n'achevais pas mon adversaire et lui adressais dans ma suprême magnanimité, quelques paroles de paix ("M'enfin c'est pt' être parce que j'en ai trop mangé"). L'ennemi, alors, avait abandonné le combat.le_cochon
Ma noble lutte, tout comme ma croisade, il y a quelques années, contre la purée en sachet, fut donc couronnée de succès, mais je devrais sans doute bientôt reprendre un combat terrible et périlleux. En effet, la saison des barbeuq arrive et va falloir que je dise à ma Môman qu'elle arrête de mettre des oeufs durs dans la salade de riz...

La prochaine fois, si vous êtes sages, je vous dirais comment j'enveloppe mes soeurs et mon amour de maman dans des cocons de laine, pour qu'elles n'aient jamais froid.


*La fête du jambon se célèbre chaque année à Manderenn en Lorraine. D'ailleurs c'est là que ma soeur a rencontré son ex-mari qui avait coutume de dire en parlant de sa femme: "C'est moi qui ai ramené le plus beau jambon à la maison"