Je suis l'aînée de quatre filles. Voyez quel enfer j'ai vécu. Mes soeurettes sont éparpillées aux quatre coins de la France, ou plutôt aux trois, parce que sinon ça voudrait dire que l'une d'elles aurait le don d'ubiquité. Et là pour le coup vous auriez trouvé ça un peu gros.

Bref, depuis deux ans que je couds je suis honteusement exploitée à chaque fois que je débarque chez l'une ou l'autre. Au départ, c'était soft, un ourlet, reprendre une pince... Et puis j'ai commencé à me débrouiller. Sachez-le, quand on vous fait un compliment sur un truc que vous avez cousu résistez à la tentation de dire, d'une voix enjouée, telle une Valérie Lemercier enchignonée jusqu'à l'occiput: "C'est moi qui l'ai fait!", parce que votre vie va devenir un Purgatoire et que l'on va mettre à contribution votre (petit) talent pour repriser tout ce que la France et la Navarre comptent de dos-nu, de robes, de pantalons...
Je disais donc que j'ai commencé à me débrouiller et là, je n'ai plus rien contrôlé. Soeurette quatrième du nom m'a fait des yeux de faon malade en me désignant un presque-rien-du-tout manteau Patrones Jill Sanders.
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Qu'on se le dise, je suis incapable de résister quand les femelles de la famille me font une tête de Bambi. Du coup elle a eu son mateau. Avec lainage épais mais pas trop. Et puis avec une couleur style gentleman farmer. Et puis je veux des poches. Et puis une doublure fuschia... 1 mois de tapage continu de boîte à neurones contre les murs, Soeurette avait son manteau (je vous mettrai les photos quand j'aurai réussi à attrapper mon papillon de soeur). Et puis il y a eu le tricot et là ça a été Trafalgar...

Soeurette troisième du nom a voulu un cardigan et Soeurette seconde un bonnet.Celui-là...
mod_le_bonnet

Sauf que j'avais jamais fait de torsades...Mais devant son oeil pétillant quand elle s'imaginait paradant tout schuss sur les pistes pyrénéennes, pompon au vent, j'ai dit oui.
J'ai vite appris, à mes dépens, que le faisage de torsade n'était vraisemblablement pas inscrit dans mon code génétique, puisque j'ai recommencé, avec une patience touchant à la démence, le même rang durant trois jours. Mais comme je suis aussi tenace qu'une crête de coq sur l'anatomie d'un syphillitique (vous remarquerez la poésie de la métaphore), une semaine plus tard Nini avait son bonnet. Le voici, avec le pompon confectionné lui aussi de mes blanches mains, dans une laine Monop' qui s'appelle Mouliné. Voyez comme mon pompon est bien plus beau et plus fourni que le rachitique original, hé, hé. C'est évidemment ma Nini que vous pouvez voir dans le rôle du charmant modèle.
Bonnet_de_Nini1


A propos de pompon, pour apprendre à les faire, c'est là:
http://www.etoile-b.com/articles.php?lng=fr&pg=464

Bref Nini est ravie et moi je suis ravie que ma Nini soit ravie parce que libérée de mes tâches bonnesques je peux aller me goffiotter copieusement avec le foie gras qu'elle m'a ramené de sa verte région, le Gers:

Vous remarquerez au passage que la petite boîte de friandises au choco et aux amandes est à moitié vide et que je n'en suis pas responsable, enfin pas trop. Etant donné que je suis presque innocente et que le chat ne mange pas de chocolat, d'autant plus que je le vois mal ouvrir le placard supérieur de la cuisine avec ses petites pattes, je soupçonne fortement Z'hom qui se plaint pourtant depuis un mois du fait qu'il se rembourre joyeusement du contour de la bouée et qui suit un programme draconnien de régime à base de veau cocotte et de cantal. J'aime ses tout petits bourrelets, qu'on se le dise, mais qu'il continue à toucher à MES chocolats et ça va ch***!!!
Boustifaille







La prochaine fois, si vous êtes sage, je vous parlerai de ma triste quête de la flannelle perdue et de mon inclinaison naturelle pour le bordel.